Le 22 mars, répondant à la demande d’aide internationale de Rome face à la pandémie, Cuba a dépêché 52 médecins et infirmiers au secours de l’Italie, et plus particulièrement de la Lombardie où ils tenteront d’endiguer la propagation du virus et de soigner les malades.
Une aide qui pourrait en surprendre plus d’un, dans la mesure où c’est la 65e puissance économique mondiale qui vient au secours de la 8e… Sauf que, parallèlement à la situation très critique de nos voisins transalpins vient répondre un savoir-faire cubain assez méconnu du grand public, habituellement plutôt destiné aux pays en voie de développement, et véritable priorité de la politique de la révolution cubaine.
En 1959, dès l’avènement de la Révolution Castriste, la moitié des 6 912 médecins que comptait l’île ont préféré émigrer aux Etats-Unis, laissant Cuba dans un état de dénuement médical. L’une des premières mesures de Fidel Castro sera de relancer la médecine cubaine, en investissant massivement dans les campagnes de recrutement auprès des jeunes, dans un système de formation rapide et d’implantation d’hôpitaux dans les campagnes (les deux tiers des hôpitaux existants se massant généralement dans les villes). Au regard de la qualité des enseignements et les efforts consentis dans l’équipement pour la recherche, Cuba se fait très vite un nom dans le domaine médical et, dès 1963, les médecins cubains sont dépêchés dans les pays en voie de décolonisation au nom de « l’internationalisme médical cubain ». Algérie, Guinée-Bissau ou encore Angola bénéficient très vite de l’appui médical cubain. Les infrastructures de l’île et les médecins seront également présents pour épauler les secours lors de la catastrophe de Tchernobyl (1986), lors du séisme au Cachemire (2005) ou encore lors de la lutte contre le virus Ébola en Afrique de l’ouest (2014). Ainsi parmi les 52 médecins débarqués en Italie, 30 ont déjà lutté contre Ébola… Ce ne sont donc pas de jeunes internes mais des médecins confirmés qui viennent porter secours à la Lombardie. Le temps passe mais l’internationalisme médical cubain subsiste…
Avec 1 médecin pour 125 habitants, Cuba est aujourd’hui le pays le mieux doté en médecins au monde, et la qualité de leur formation et de leur apport est unanimement reconnue. Aujourd’hui, et selon Maurice Lemoine, ancien rédacteur en chef du Monde Diplomatique, ce sont « 30 000 médecins cubains qui travaillent dans 67 pays du monde » en 2019. Mais ce que l’on sait encore moins, c’est que Cuba est aussi à la pointe en matière de recherches et de biotechnologies, ayant mis au point un médicament appelé Interferon Alpha-2b, utilisé récemment pour lutter contre le COVID-19 en Chine et que Cuba espère pouvoir distribuer dans le monde entier pour soigner les malades de ce fichu virus. L’Espagne et l’Allemagne auraient d’ores et déjà manifesté leur intérêt pour son utilisation…
Mais si Cuba manifeste un tel engagement dans la médecine et dans une coopération médicale internationale, c’est aussi parce que ce « service » lui rapporte énormément d’argent, loin devant le tourisme : 11 milliards de dollars en moyenne par an ! Mais Cuba ne facture pas son savoir-faire à tout le monde, puisque seuls 35 pays sur 62 à en bénéficier sont invités à passer à la caisse. Est-il bien criminel d’exporter ses médecins quand d’autres exportent des armes ? Même si ces derniers ne sont pas forcément très bien payés (ce que les opposants au régime cubain utilisent pour parler « d’esclavagisme »), une grande partie des recettes perçues est systématiquement reversée dans l’éducation et dans le système de santé, tous deux gratuits pour les Cubains.
Pourtant 20 fois moins riche que l’Italie, Cuba vient donc à son secours et, services payants ou non, nous ne pouvons que l’honorer d’avoir répondu à cet appel, et ne pouvons que souhaiter réussite, courage et chance à ses 52 médecins.
Bon courage à tous, patience, restez à l’abri et… ne croyez pas que Cuba est surtout réputée pour son Malecón, sa salsa et son rhum !
Source : sputniknews.com / sciencesetavenir.fr