Depuis les débuts du confinement, et dans le monde entier, on a pu constater dans les magasins les effets des peurs de manquer, des superstitions, des croyances pseudo-scientifiques, des fake news les plus efficaces ou des tendances sur la consommation. De manière très focalisée suivant les territoires, les pénuries ou tout au moins les produits sur lesquels les gens se sont précipités dans l’affolement général ne sont pas forcément ceux auxquels nous aurions pu nous attendre…
Le premier exemple est celui de l’Afghanistan, où le prix du thé noir a triplé pendant quelques jours suite à une rumeur quant à ses vertus curatives sur le COVID-19. Des prédictions qui n’ont évidemment jamais été validées scientifiquement mais qui ont fait du thé noir la denrée la plus précieuse et la plus recherchée du pays (d’où l’inflation de son prix !)… jusqu’à ce que l’on se rende compte de la supercherie !
Du thé en Afghanistan, de la bière au Mexique… où les deux principales enseignes produisant la bière « Corona » ont cessé de la brasser, mauvaise communication à éviter oblige. Résultat ? Les aficionados se sont rués sur tous les packs, que ce soit dans les magasins ou même en vente en ligne ! Résultat ? Des ruptures de stocks qui vont donner bien des regrets à Heineken et Grupo Modelo !
Au Sri Lanka, le problème est encore ailleurs : l’alcool et les cigarettes étant interdits à la vente depuis le début du confinement, les chimistes en herbe ont donc transformé leurs cuisines en distillerie de « kasippu », l’alcool local. Résultat ? Pénurie de sucre puisque tout le monde s’est jeté dessus pour produire son « kasippu » et le revendre à prix d’or ! « La demande est telle que l’alcool se vend quatre fois son prix normal » selon un responsable de la police srilankaise…
L’alcool médical et le gel hydroalcoolique sont deux produits rapidement devenus rares sur l’ensemble du globe, puisque leurs stocks ont fondu partout dans le monde. Pour pallier ce manque, les ingrédients de décoctions locales ou autres remèdes miracles de grand-mères se sont mis à manquer de Sofia à Tunis, en passant par Bucarest et Caracas : ail, citron, gingembre et autres épices sont devenus les produits les plus recherchés pour se protéger et combattre le virus.
Dans les pays d’Asie Centrale, c’est la « harmala », une plante dont les fumigations sont censées protéger les foyers et éloigner les maladies, qui est devenu le nouvel or végétal.
Il faut savoir que, concernant tous ces produits dont nous vous parlons, l’Organisation Mondiale de la Santé est formelle : aucun effet bénéfique n’a jamais été prouvé contre le COVID-19 !
Dans les pays européens de la Méditerranée (France, Espagne ou Grèce), vous paierez cher le fait que beaucoup aient succombé à la nouvelle tendance de faire son propre pain : levure et farine sont devenus des produits rarissimes, qui ne restent guère en rayons, même en grande quantité ! En Roumanie, on trouve même de drôles d’annonces sur les réseaux sociaux qui proviendraient de « dealers de levure », qui amasseraient des fortunes sur le marché noir.
De l’autre côté de la Méditerranée, dans le Maghreb, c’est une autre poudre qui est devenue le nouvel or : le couscous à base de semoule, plus encore avec le mois du ramadan qui a commencé. « Il faut un sérieux coup de piston pour obtenir des quotas de semoule régulièrement. Les petites quantités qui me sont livrées au compte-gouttes, je les réserve à mes clients habituels » confie à l’AFP le propriétaire d’une épicerie d’Alger.
Et si partout dans le monde ce sont les denrées qui engloutissent les stocks, il en va autrement en Australie et en Nouvelle-Zélande, deux pays où le nombre d’espaces verts par habitant est l’un des plus élevés au monde. Là-bas, c’est la culture du jardin qui a attiré les consommateurs compulsifs pour être les plus autonomes possibles face au confinement : « Toutes nos plantes ont connu une hausse de leur popularité ce mois-ci. La demande de semis et de graines est énorme et nous tentons de réapprovisionner nos stocks avec nos fournisseurs » témoigne Alex Newman de l’enseigne Bunnings.
Enfin, dans des villes en guerre comme Tripoli en Libye, ce ne sont pas les denrées qui manquent, mais le matériel scolaire. Les écoles étant fermées comme quasiment partout dans le monde, les parents sont démunis de cahiers, de stylos voire de papier d’imprimante, comme l’explique Nadia-Al-Abed qui doit faire l’école à la maison à ses 3 enfants : « Nous avons épuisé tout le papier de l’imprimante et épuisé tous les agendas de bureau que mon mari n’avait pas rempli. Et pourtant, je les ai suppliés d’écrire tout petit et je leur ai même promis des bonbons ! »
Comme le suggère très subtilement l’AFP : « Dis moi ce qui te manque, je te dirai quel confiné tu es ! »
Source : AFP