A Cuba, les rêves des confinés se poursuivent sur les toits


Si les balcons ont été les lieux d’expression et les sas de décompression des confinés d’Italie, d’Espagne et de France ces – presque - deux derniers mois, avec des concerts, des chorales, des exercices collectifs de sport (et même un marathon parcouru !) ou encore des manifestations de solidarité ou politiques, à Cuba c’est sur les toits que ça se passe, et où certains poursuivent leurs rêves et luttent contre l’enferment, l’isolement et l’inactivité.

A cette période de l’année, il fait chaud et sec à La Havane, et si profiter de l’ombre fraîche et protectrice est bienfaisant en journée, la durée du confinement commence à peser dans les corps et dans les têtes, comme partout dans le monde. Avec des températures dépassant les 30 degrés, des pénuries d’eau et des difficultés à s’approvisionner dans les magasins, la tension et l’anxiété montent à Cuba.

Aussi, dès que le vent arrête de souffler ou qu’il fait un peu moins chaud, certains habitants de la capitale cubaine montent sur les toits des immeubles bas et des maisons, particulièrement propices, et continuent d’entretenir leurs rêves en attendant la libération en toute sécurité.

C’est le cas de William Roblejo, violoniste professionnel de 35 ans qui habite dans le quartier de la Playa, complètement désert en cette période de confinement, et où parvient la douce musique des vagues. Juché sur son toit, William a pris l’habitude de venir jouer en plein air pour se changer les idées, mais aussi se forcer à continuer à pratiquer ! « Enfermé » depuis près d’un mois, les deux membres de son habituel trio à succès lui manquent. Également professeur de violon et chef du département des instruments à cordes au Conservatoire de La Havane, il essaie de trouver un moyen de ne pas sombrer en mettant sa musique sur les réseaux sociaux et en approfondissant son art : « Nous, les musiciens, nous avons l’habitude de jouer en direct… […] Parfois je m’ennuie, parfois je n’ai envie de rien faire. […] Mais je dois remercier un peu cette quarantaine, car j’ai davantage étudié et je pense avoir progressé dans ma musique. Maintenant, je souhaite que cela s’arrête pour pouvoir le montrer. » C’est donc sur son toit – et masqué - qu’il enchaîne thèmes classiques, musique celtique et morceaux de jazz.

C’est également le cas d’Adrián Sánchez, premier soliste au Ballet National Cubain (BNC) et qui, à 22 ans, craint que son « corps habitué à 9 heures d’entraînement quotidien ne souffre du confinement ». Il se hisse donc jusqu’à son toit par une lucarne et, surplombant l’emblématique Place de la Révolution, il s’accorde « deux ou trois heures » par jour pour entretenir son outil de travail : « Quand tout cela prendra fin, nous retrouverons le ballet, et si nous y retournons sans avoir poursuivi l’entraînement, cela va être très dur », avant d’avouer qu’ainsi « le temps passe plus vite ».

Il en va de même pour les sportifs de haut niveau que compte La Havane, comme la pentathlonienne Leydi Laura Moya, 28 ans, qui a remporté les Jeux Olympiques de la Jeunesse à Singapour et multi-médaillée aux Jeunes Panaméricains de Lima en 2019. Elle s’entraînait au Mexique lorsque le confinement a été décrété. D’abord placée en quatorzaine à son retour dans l’île à la mi-mars (car présentant les symptômes de grippe, finalement avérés négatifs), elle a pu aménager un gymnase improvisé sur le toit de sa maison, où elle peut pratiquer l’escrime, le tir au pistolet (laser du coup !) et plusieurs exercices de musculation. Mais elle reste consciente que cette routine est loin de lui permettre de rester à son meilleur niveau dans la perspective des Jeux Olympiques, même si ceux-ci sont reportés pour 2021 : « Les performances sportives vont baisser » consent-elle, dans l’espoir tout de même de pouvoir rattraper son retard quand tout cela sera terminé.

Autre sportif de très haut niveau, le champion de lutte greco-romaine Daniel Gregorich, 23 ans, avait également validé son ticket pour les JO de Tokyo qui devaient se dérouler en juillet – août. Si lui aussi utilise son toit pour effectuer des exercices et rester physiquement actif, il craint que le l’éloignement des tapis n’affecte « son parcours vers les Jeux Olympiques, qui est le rêve de tout athlète ! ». Il se réjouit toutefois que « Le sport, c’est la santé, le sport, c’est la vie, et au moins je suis soulagé de l’anxiété » en le pratiquant, même à (trop) petites doses à son goût !

En attendant le déconfinement, le bonheur est donc sur le balcon pour certains Cubains qui y trouvent un petit air de liberté créative ou d’exercice physique.

Bon courage à tous, patience, restez bien à l’abri… mais n’oubliez pas que vos balcons et vos toits vous permettront toujours de vous évader un peu !

Source : AFP