Alors que nous avons approchons des 40 jours de confinement, ce dernier a certes eu le mérite de rapprocher les familles, parents et enfants se retrouvant coincés dans leur appartement ou leur maison, parfois forcés à cohabiter H24 (quand ils avaient à les gérer 4 ou 5 heures grand maximum en temps normal) dans un espace qui donne l’impression de se réduire au fur et à mesure des jours qui passent…
A cette occasion, les parents ont été contraints de voir leurs relations à leurs rejetons changer pour épouser de force les rôles successifs et interchangeables d’enseignants – GO (Gentils Organisateurs) – Copains – Animateurs - Souffre-Douleurs – Cuisiniers – et autres si affinités.
Ce nouveau costume multi-fonctions a d’ailleurs été l’occasion pour beaucoup de réévaluer l’opinion que l’on se faisait de la maîtresse du petit ou des professeurs de la grande adolescente. Des corps de métiers que le commun des parents demandera sans doute à béatifier en sortie de confinement… même ceux qui jouent tellement le jeu que les enfants ne cessent de squatter les ordinateurs de la maison pour pouvoir assurer les devoirs, cours en visioconférence, QCM en ligne et autres nouveaux outils éducatifs que le confinement aura finalement introduits.
Bref, au bout de plus d’un mois, il est normal que la cohabitation puisse devenir de plus en plus difficile au fil des jours, d’autant plus lorsque vous devez vous limiter au télétravail et que ces petits gremlins ultra-chronophages ne vous laissent pas de temps pour vous… ni d’espaces !
Malheureusement, l’issue peut parfois être grave, et la ligne téléphonique « Allô enfance en danger » (119) avouait récemment enregistrer une augmentation de 20% du nombre d’appels liés aux violences faites aux enfants depuis les débuts du confinement, 53% rien pour la 3e semaine de confinement.
Afin de freiner le processus des « parents qui craquent », plusieurs initiatives sont nées afin de les aider.
Certaines, comme SOS Parentalité, 15 minutes pour relâcher la pression (0974 763 963) existent depuis 2 ans avec, au bout du fil, des psychologues et des bénévoles qui, surtout, font parler les parents, leur posent des questions les amenant à réfléchir, leur donnant des petits trucs pour s’organiser différemment et mieux vivre, tous ensemble, cette situation extrême.
D’autres initiatives, nées avec le confinement au niveau national, comme le numéro vert Allô Parents Confinés (0805 382 300) de l’École des Parents, répondent à un besoin de plus en plus urgent : « On a entre 20 et 50 appels par jour. Mais ça grossit et ça grossit » explique Alexandra Christides, directrice de la Fédération de l’École des Parents. Elle avoue qu’avec le confinement, le temps d’écoute « peut atteindre 30 minutes à plus d’une heure », les discussions tournant le plus souvent autour des angoisses liées au confinement, au virus, à la lourdeur de l’école à la maison, avec parfois des facteurs aggravants comme la monoparentalité, les logements exigus ou la précarité. « Les parents s’aperçoivent qu’on n’est pas faits pour vivre 24 heures sur 24 avec les enfants… et inversement ! » déclare Nicolas Peraldi, psychologue et intervenant pour « Allô Parents Confinés ».
Les parents n’ont plus la possibilité d’aller se changer les idées au boulot, au sport ou simplement en échangeant avec les collègues de travail… Plus d’échappatoire, d’où parfois une vraie détresse.
Pour Eve Feinblatt, l’une des 120 personnes qui répondent à SOS Parentalité, 15 minutes pour relâcher la pression, « les parents se sentent à bout, démunis, leur réservoir affectif est vide. Ils saturent, sans pouvoir se poser ».
Le but de ces structures ? Que les parents vident leur sac, qu’on puisse leur proposer des pistes simples et « non-punitives » pour rééquilibrer le temps accordé à chacun, qu’ils puissent se ressourcer, respirer en se prenant du temps pour lire, regarder une série, faire du sport, mais aussi pour que parents et enfants puissent se reconnecter les uns aux autres sans heurts.
Ainsi, pour Catherine Dumonteil-Kremer, fondatrice de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire et de Parentalité créative, il faut trouver des astuces pour évacuer le trop-plein (comme hurler dans un coussin par exemple), ou encore « le rire et le jeu sont aussi une option qui permet de repartir avec une énergie renouvelée » plutôt que de n’avoir recours qu’à la punition ou la restriction. Jeux collectifs mais temps partagés pour que chacun puisse avoir son bol d’air… Autant d’astuces que ces aides en ligne sauront vous apporter si vous sentez que vous devenez borderline…
Bon courage à tous, patience, restez à l’abri et… ne laissez pas ce fichu virus avoir raison de votre unité familiale !
Source : AFP